Portrait - Sous la tente des fruits de Awa Bancé :le combat d’une commerçante résiliente
À Tanghin, juste en face de la clinique Schiphra, une petite tente modeste attire l’attention des passants. C’est ici que Bancé Awa, une commerçante de 49 ans, vend ses fruits depuis plus de deux décennies. Dans ce lieu, elle a bâti, avec patience et détermination, une histoire qui reflète celle de nombreuses femmes burkinabées : celle d’un combat quotidien pour subvenir aux besoins de sa famille, contre vents et marées.
Awa BANCÉ sous sa tente
Une vocation née de la nécessité
Contrairement à certains commerçants qui héritent de leur vocation, Bancé Awa s’est lancée dans le commerce par nécessité. Ménagère à l’époque, elle n’avait aucune source de revenu fixe. « Je ne pouvais pas rester les bras croisés. Alors, j’ai décidé de m’installer au bord de la route pour vendre des fruits et subvenir à mes besoins », raconte-t-elle.
À l’époque, Tanghin n’avait pas encore ses routes goudronnées, et les prix des fruits étaient abordables. Cette simplicité lui avait permis de démarrer son activité sur de bonnes bases. Elle parcourait les marchés et les gares de Ouagadougou pour s’approvisionner en produits frais. « Les débuts étaient florissants. J’arrivais à écouler mes marchandises et à subvenir aisément aux besoins de ma famille », se souvient-elle avec nostalgie.
Des saisons, des fruits et des défis
Sous sa tente, Awa propose une variété de fruits qui change au gré des saisons : pastèques, mangues, papayes, bananes, oranges, ananas, goyaves... « Je m’adapte aux saisons et à la disponibilité des fruits. Je vends tout ce qui est de qualité et qui plaît à mes clients », précise-t-elle fièrement. Mais les dernières années n’ont pas été tendres avec elle. Le contexte sécuritaire fragile du Burkina Faso et l’inflation galopante ont frappé de plein fouet son commerce. « Les clients se font rares, et les prix d’achat des fruits augmentent sans cesse. Il m’arrive de vendre à perte », confie-t-elle, le regard pensif.
Awa BANCÉ entrain de ranger ses fruits
Une force silencieuse au service de sa famille
Malgré les épreuves, Awa garde la tête haute. Ce commerce, aussi modeste soit-il, lui a permis de soutenir son mari durant des années et de subvenir seule aux besoins de son fils depuis qu’elle est devenue veuve. Aujourd’hui en classe de terminale, ce dernier est son plus grand espoir. « Ce n’est pas facile de tout gérer seule, mais je fais de mon mieux pour lui offrir un avenir meilleur. C’est lui qui prendra soin de moi plus tard », dit-elle, déterminée.
En dépit des difficultés, Awa continue d’entretenir une belle relation avec ses clients. Parmi eux, Emmanuel Ilboudo témoigne : « Mme Bancé est une commerçante exemplaire. Ses fruits sont de bonne qualité, et ses prix restent abordables malgré les hausses. Elle accueille toujours ses clients avec gentillesse, ce qui me donne envie de revenir. »
Rêves et résilience
Avec ses 49 ans d’expérience de vie et de résilience, Bancé Awa nourrit encore des rêves. Elle espère agrandir son commerce, moderniser son espace de vente et retrouver les jours prospères d’autrefois. Elle invite aussi les femmes à s’émanciper par le travail : « Quelle que soit la situation, il faut se battre. Travailler, c’est non seulement soutenir sa famille, mais aussi s’épanouir en tant que femme. »
Sous sa tente, Awa Bancé n’est pas seulement une vendeuse de fruits. Elle est une femme forte, une mère dévouée et un symbole de courage pour sa communauté.
Jémima KABRÉ (Stagiaire)
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